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SENEGAL
Les radios communautaires émergent
Le succès suscite les convoitises des collectivités locales

Dans  le  cadre de  l’effort de  renforcement de  la bonne gouvernance,  l’Etat du Sénégal encourage,  depuis  quelques  années,  l’installation  de  radios  communautaires  sur l’ensemble du  territoire national. Aujourd’hui,  si cette volonté politique a permis à un
certain  nombre  d’organisations  communautaires  de  base  (associations,  ONG…)  de
mettre en place des radios communautaires dans diverses localités du pays, notamment avec  le  concours des bailleurs de  fonds,  force  est de  constater que  le  succès  enregistré par  cette  catégorie  d’outils  de  communication  de  masse  suscite  les  convoitises  des collectivités locales, qui cherchent à en faire des instruments de propagande politique ou à les utiliser à d’autres fins. De  nos  jours,  les  radios  communautaires  constituent  une  composante  non  négligeable  du paysage médiatique  sénégalais :  les  populations  y  trouvent  une  source  d’information  aussi fiable  que  les médias  conventionnels. Certes,  les  radios  communautaires  se  débattent  dans d’énormes  difficultés  liées  à  l’insuffisance  de  leurs moyens  financiers. Mais  leur  proximité avec  les  populations  leur  permet  d’exercer  une  influence  non  négligeable  sur  l’opinion publique  locale.  Cette  influence  gène  souvent  les  collectivités  locales  dans  la  gestion  des affaires publiques. Ce qui provoque un bras de fer entre les élus locaux et les responsables des organisations communautaires de base assignataires des fréquences.   Conflits de compétences Le bras de  fer entre  les collectivités  locales et  les assignataires des  fréquences découlent de l’interprétation  de  la  convention  qui  lie  les  deux  parties  dans  le  cadre  de  l’exploitation  des radios. En effet, pour combler  le déficit de moyens financiers,  les associations ont recours à une subvention des collectivités locales. Cet appui est rendu possible par l’article 17 du cahier des charges applicable aux radios communautaires, qui autorise ‘‘‘le parrainage d’organismes publics  ou  privés  désirant  financer  des  projets  en  adéquation  avec  l’objet  social  de  l’entité titulaire  de  l’autorisation’’. Les  collectivités  locales  interviennent  ainsi  en  tant  que  pouvoir public  apportant  une  subvention  aux  structures  associatives  d’utilité  publique  que  sont  les radios communautaires.  Appui essentiel, mais pas de droit de copropriété La subvention qu’accordent les collectivités locales aux radios communautaires constitue une partie  substantielle  de  leurs  ressources.  Cet  appui  est  souvent  essentiel  à  leur  survie. Cependant, il ne confère pas aux collectivités locales ni un droit de copropriété, ni le pouvoir d’influencer la ligne éditoriale de la radio. 

                 Droit de regard et de contrôle

Au Sénégal, plusieurs  radios communautaires bénéficient de  subventions municipales. C’est le  cas  notamment  de  Jokko  Fm  de  Rufisque,  de  la  Côtière  Fm  et  de  Fissel  Fm.  Cette subvention donne aux collectivités locales un droit de regard sur les radios communautaires :
ce droit de regard se traduit par le contrôle des fonds versés à la radio. En effet, pour s’assurer de  l’usage  judicieux  de  la  subvention  -qui  doit  bénéficier  exclusivement  à  la  radio-,  les collectivités  locales  exigent  les  justificatifs  des  dépenses  :  les  responsables  des  radios concernées exécutent eux-mêmes  les dépenses et envoient  les pièces  justificatives au conseil municipal. Cependant, il arrive que les municipalités payent directement certaines charges aux fournisseurs pour le compte de la radio bénéficiaire de la subvention. Dans ce cas de figure, le droit de regard est annihilé par la procédure.  En  tout  état  de  cause,  quelque  soit  le  montant  de  la  subvention  allouée  à  une  radio communautaire, cela ne donne, en aucun cas, aux collectivités locales un droit de copropriété ou d’exploitation de  la  radio. Car une  collectivité locale n’a pas pour mission de gérer une radio associative. Les maires et les présidentsdes conseils ruraux ne doivent pas s’immiscer dans la gestion des radios communautaires : ces dernières, qui sont des entités privées, jouissent d’uneautonomie de gestion ; le droit de regard se limite au contrôle de l’usage des subventions.    

                 Insuffisance des ressources

L’appui  qu’apportent  les  collectivités  locales  aux  assignataires  des  fréquences  leur  permet d’exercer sur les radios associatives une influence d’autant plus grande que les organisations communautaires  de  base  disposent  de  ressources  trop  limitées  pour  leur  permettre  de  faire face  aux  charges  d’exploitation.  L’insuffisance  des  ressources  trouve  son  explication essentiellement  dans  les  dispositions  du  cahier  des  charges  applicable  aux  radios communautaires.  Ce  document,  qui  considère  comme  radio  associative,  ‘‘toute  station radiophonique  privée  à  but  non  lucratif’’  avertit,  à  son  article  16,  que  ‘‘  la  publicité,  sous quelque forme que ce soit, est interdite’’ aux radios communautaires. L’interdiction explique largement  la  recherche  de  subvention  et  de  sponsors  pour  payer  les  charges  fixes incompressibles.

                 Le statut du personnel

S’il  est  vrai  que  personnel  des  radios  communautaires  est  régi  par  le bénévolat  dans  le contexte africain   marqué par  le  taux de   chômage élevé,  les  responsables s’organisent pour verser aux agents un pécule en guise de frais de transport. Un frais de transport, n’est pas un salaire : c’est  juste une  source de motivation. Ceci dit,  l’insuffisance des moyens  financiers oblige  les  responsables à  limiter  l’effectif des  radios :  ils privilégient, ainsi,  la collaboration avec des producteurs extérieurs, afin de maîtriser leurs charges. Ce qui exclut les recrutements politiques. 

                 Tentative de détournement

Les liens de dépendance qu’entretiennent les associations avec les collectivités locales dans le cadre de l’exploitation des radios communautaires confèrent à ces dernières une place centrale dans  le  fonctionnement  de  ces médias  de masse. Dans  certains  cas,  le  pouvoir  public  local n’hésite pas à  tirer profit de  la vulnérabilité des  radios communautaires pour chercher  à  les transformer en instruments de propagande politique. Cette tentation est d’autant plus forte que les collectivités  locales considèrent que des radios communautaires  indépendantes et neutres vis-à-vis de  l’autorité politique ont  toute chance de s’ériger en contre-pouvoir susceptible de les gêner dans la gestion des affaires publiques. Résistance des associations La tentative de détournement d’objectif dont sont l’objet les radios communautaires provoque souvent un bras de fer entre ses auteurs, à savoir  les collectivités  locales et  les organisations communautaires de base assignataires des fréquences : la résistance des associations est dictée par un souci de conformité du contenu des émissions par rapport aux obligations fixées dans le cahier des charges, qui dispose, à son article 1er, que ‘‘la radio associative ne doit en aucune façon prendre part au débat politique’’. Les  représentants des organisations communautaires de base considèrent que cette résistance tire sa résistance de l’article 11 du cahier des charges, qui  précise  que  ‘‘l’entité  titulaire  d’une  autorisation  de  diffusion  de  programmes  radio associative est responsable du contenu des émissions qu’elle diffuse’’.  

Abdoulaye KANE 
-  Directeur  de  l’agence  conseil  en  communication  ‘‘International  Communication’’
(INTERCOM)
-  Rédacteur en Chef du magazine ‘‘L’Economiste International’’
-  Doctorant en communication 
BP: K2001 PIKINE CP 16552 DAKAR SENEGAL
Tel.: (00221) 772405343

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